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Il y’a désormais quelques années, en 2011, nous évoquions ici un ensemble de remarques relatives à la recherche des grands brochets. A l’époque, ces remarques provenaient d’un retour d’expérience positif de la Suède. A l’aide des explications des guides suédois sur le comportement des gros poissons, nous avions complètement revus notre copie. D’une expérience 100% française, la Suède nous avait ouvert les yeux sur le véritable comportement de l’espèce, des attitudes non observées dans nos milieux par manque de population densitaire.

Pourtant, elle est bien là-bas la vérité sur les mœurs des brochets. Dans ces eaux nordiques ou l’équilibre proies/prédateurs règne depuis la nuit des temps, le comportement des poissons est régit par des paramètres bien précis. Chez nous par la pression de pêche, le déséquilibre des populations piscicoles et autres aléas, ces paramètres ne sont plus observables ou uniquement en de rares occasions et/ou sur des sites de pêche particuliers (certains lacs français ou étangs). En conséquence, bien des théories ont été établies avec une plus ou moins grande vérité.

Depuis les voyages se sont multipliés. De nombreux acquis sur le comportement et les techniques de pêche appropriées ont vu le jour et balayé bien des procédés d’approche. Nos pratiques ont tout simplement évolué et ont fait murir un certain recul que nous n’avions pas avant sur cette espèce. Nos résultats en France ont ensuite explosé malgré une pêche moins intensive qu’auparavant ; et oui quand on a goûté à mieux, il est difficile de revenir à la réalité au point de l’éviter…

Mais une chose est certaine, il est plus facile d’apprendre en pêchant sur du poisson qu’en pêchant sur des milieux vierges… et entre nous ; un brochet reste un brochet. Qu’importe sa localisation ou ses traits de comportements, leurs réactions restent les mêmes. Les acquis Suédois se sont révélés redoutables (à notre échelle et sur nos régions) en France.

La barre mythique du mètre, celle que tout pêcheur souhaite franchir...

La barre mythique du mètre, celle que tout pêcheur souhaite franchir...

J’entends par gros brochet, un poisson supérieur à 80cm, taille à laquelle l’espèce commence à prendre du volume et de l’âge sans être une proie ! Le terme « proie » a vraiment son importance puisqu’à 90cm ou 30cm, un brochet vivra et ne chassera pas de la même manière ni de la même intensité.

En effet, il est évident qu’un poisson chassé aura plus tendance à se dissimuler qu’un autre n’ayant aucune crainte. Une bordure d’herbiers, des roselières, des nénuphars ou de manière générale ; les bordures se retrouvent inévitablement peuplées de ces poissons « juvéniles » jusqu’à taille moyenne. Ces postes rassemblent cachettes et proies potentielles (blancs de toutes sortes). Au contraire des zones de pleine eau où les cachettes sont inexistantes avec des poissons mobiles et visibles. Un brochet de 30cm qui se promène au milieu d’un étang (hors couvert) a autant de chance de se faire chasser qu’un gardon de 6cm en bordure… Identiquement, pour grossir et rapidement passer de la catégorie « proie » à « prédateur », les poissons juvéniles s’alimentent de manière plus régulière.

Entre 80 et 100, se sont déjà des "gros brochets".

Entre 80 et 100, se sont déjà des "gros brochets".

La nourriture :

Le cas des grands poissons est beaucoup plus complexe, à partir d’une certaine dimension, les brochets n’ont plus aucune crainte. Ils ciblent leurs zones de chasses et de repos en fonction de différents paramètres. Ils peuvent être physiques, par exemple la température de l’eau pour une digestion plus rapide ou vitales ; la nourriture tout simplement !

Il n’y a donc pas de postes à proprement parlé écrits comme à « gros brochet ». Ces derniers chassent où le fourrage se tient. On peut donc aussi bien retrouver des grands poissons derrière des brèmes en reproduction qu’en pleine eau en-dessous d’immenses bancs de perchettes. Les gros brochets vont avoir des comportements mais surtout des mouvements opportunistes liés au milieu dans lesquels ils se tiennent.

Sous une immense boule de brèmes, il rodait...

Sous une immense boule de brèmes, il rodait...

A titre d’exemple, si je prends un lac de 1ère catégorie avec lâchés réguliers de truites (cas de certains sites que je fréquente), les grands brochets se sont spécialisés et ciblent leurs couloirs, leurs mouvements en fonction de ceux des truites. Ils restent systématiquement proches du garde-manger. Sur les lacs landais, il s’agit des bancs de perches et/ou perchettes, cas également retrouvé sur les lacs Alpins où nous retrouvons en plus des perches ; des salmonidés : les corégones.

Si sur ces concentrations de « bouffe », on peut également ferrer des petits ou moyens poissons, se sont surtout les chances de toucher des grands poissons qui nous intéressent. Et ne croyez pas qu’ils soient solitaires, si la concentration est suffisante, il est tout à fait possible d’observer plusieurs à des dizaines de brochets rassembler sur quelques 100aine de m².

Le 1er de deux gros brochets pris sur 20m de dérive!

Le 1er de deux gros brochets pris sur 20m de dérive!

Analyse du milieu :

En revanche, si les zones de chasses se retrouvent proches du garde-manger, ces grands poissons n’hésitent pas à voyager pour se mettre en repos. Soit à l’extérieur ou en périphérie des concentrations soit sur des zones éloignées où certains critères « physiques » permettent une digestion plus rapide (température d’eau). Régulièrement on peut retrouver des poissons en chasse dans 10m de fond et prendre des poissons au repos dans 3 ou 4m où la température est plus chaude (phase de digestion accélérée).

Tout cela pour dire que la pêche des grands poissons coïncident à localiser aussi bien les zones éventuelles d’alimentation que de repos. Cela demande une bonne connaissance des lieux et des mouvements de poissons en fonction des saisons, des vents et du réchauffement des eaux. Par contre, lorsque les « secteurs » potentiels sont délimités (zones de chasse et de repos). Des chemins « migratoires » se dessinent, des couloirs où les chances d’intercepter des poissons en mouvement ou en alimentation sont réelles.

Loin des bordures sur les cassures...

Loin des bordures sur les cassures...

Pour ma part, tactiquement, je préfère pêcher les couloirs et les chemins où les poissons transitent. A cela plusieurs raisons, un poisson au repos est inactif et en conséquence plus difficilement leurrable alors que sur zone de chasse, notre leurre passe au travers de multitudes de proies : le pêcheur doit alors faire démarquer son leurre de la masse !

Alors comment faut-il procéder ?

Toutes les pêches sont possibles mais elles doivent être adapter aux lieux et aux conditions...

Toutes les pêches sont possibles mais elles doivent être adapter aux lieux et aux conditions...

Méthode :

Je n’ai pas la prétention de m’y connaître plus qu’un autre et de nombreux pêcheurs Français si sont même spécialisés: Kevin Hernandez, Sylvain Legendre, etc… pour ne citer qu’eux. Mais globalement lorsque je pars dans une optique gros brochet (hors mis petites ou moyennes rivières et petits étangs), je m’écarte des bordures pour de la pleine eau. Les fourrages en mouvement y sont en général plus gros et donc potentiellement plus adaptés à un gros brochet.

Un gros brochet pris sur une zone de digestion.

Un gros brochet pris sur une zone de digestion.

Ma pêche se dessine ensuite entre recherche de poissons actifs et recherche de poissons en mouvement avec des degrés d’activités variables. Sur poissons actifs, j’aurai tendance à utiliser des jerkbaits volumineux sur des profondeurs inférieures à 5m et des shads de minimum 15cm pour des pêches plus lentes et/ou plus profondes. L’idée étant de toujours passer au-dessus des brochets et qu’ils montent sur le leurre. La couleur, la vibration, le volume d’eau déplacée ou la sonorité sont autant d’éléments qui vont permettre le déclenchement de l’attaque par une démarcation nette du leurre à « la bouffe ».

Sur une pêche de prospection, l’idée est toujours de faire passer un leurre au-dessus des brochets mais le point le plus important est surtout de déclencher une attaque réflexe, opportuniste voir d’agressivité. Opportunisme puisque le poisson peut encore avoir un degré d’inhibition important (mécanisme de chasse) soit parce qu’il y va soit parce qu’il en revient. Réflexe et agressivité puisque le poisson n’est pas totalement actif ni inactif et donc enclin à mordre et qu’il a parfois besoin d’être déclenché. Il s’agit bien souvent d’une pêche à l’aveugle sur des échos solitaires ou en mouvements. Pour cela, j’ai tendance à utiliser les deux extrêmes : pêches lentes et insistantes au shad ou animations rapides et erratiques (shad ou jerkbait) pour déclencher.

Au jerkbait, la touche est souvent violente...

Au jerkbait, la touche est souvent violente...

Le choix des leurres :

Si tous les ans, on entend parler de pêcheurs qui ont capturé des très gros poissons sur des leurres de petites tailles, la règle pour capturer des gros brochets est de pêcher en adéquation avec la taille des poissons recherchés, à savoir au minimum 15cm ! Et encore ce n’est rien à côté de ce qu’ils peuvent coffrer.

Sur les choix, j’essaye d’avoir des leurres qui déplacent de gros volume d’eau (souple ou poisson-nageur) et ensuite je joue sur la sonorité et la couleur du leurre. Mais attention, la technique à employer est liée aux choix des lieux pêchés.

Il est évident que sur un immense haut-fond de 2m de profondeur je ne pêcherai pas de la même manière que sur une cassure de 10m … Si dans la 1ère situation, j’emploie plus facilement une pêche au jerkbait, sur la seconde je suis plus dans le cas de figure d’une pêche au leurre souple à essayer de suivre la structure en décollé.

Sur un plateau, il était posté prêt à attaquer.

Sur un plateau, il était posté prêt à attaquer.

Les teintes des leurres sont ensuite fonctions de la météo (couverte ou ensoleillée) et de la clarté de l’eau. Sur une eau translucide, les teintes « naturelles » sont plus appropriées alors que des teintes « flashs » sont parfaites sur des eaux brouillées ou tourbeuses. La couleur varie ensuite selon la luminosité et l’humeur des poissons.

Le sujet des sonorités est plus complexe et sans en connaître toutes les nuances, j’applique une règle simple :

- surface brassée et ventée : utilisation de billes

- surface lisse et paisible : absence de bille

Pourquoi l’utilisation des billes par eau ventée ? Tout simplement par le fait que les vibrations dans l’eau (herbiers, branches, vagues) sont importantes et ont tendance à réveiller les brochets. L’énervement des billes stimulent l’attaque tout en ciblant le leurre parmi la masse d’eau. Au contraire d’eau calme où j’ai tendance à pêcher plus discret niveau sonorité.

Un poisson posté dans une trouée d'herbes à l'extérieur de la bordure; côté cassure...

Un poisson posté dans une trouée d'herbes à l'extérieur de la bordure; côté cassure...

L’animation :

Là-dessus je pense qu’il est à chacun de se faire sa propre expérience puisqu’il existe mille et une façons d’animer. Mais s’il y’a une remarque que je pourrais faire, elle serait sur la vitesse de récupération. Tout le monde se base sur des animations lentes pour laisser le temps au poisson d’attaquer, d’autant plus sur le brochet.

Alors que, bien au contraire, parfois il faut savoir aller pleine balle pour justement déclencher les touches. Notamment sur des poissons inactifs où l’idée n’est pas de leur laisser le temps de réfléchir et d’inciter des attaques réflexes ; purement agressives.

Dans cette pratique, la seule utilisation de la canne peut suffir (un geste ample) mais le pêcheur ne doit pas non plus oublier que l’action du moulinet peut également faire le même effet. L’avantage est de garder la canne en bonne position pour ferrer.

Une pause a fait attaquer ce gros poisson

Une pause a fait attaquer ce gros poisson

De la touche à la capture :

Vous l’aurez compris, si on peut tomber par hasard un jour sur un gros brochet, avec un ensemble de paramètres connus et identifiables, une connaissance des lieux et des leurres adaptés, on peut forcer la chance. En revanche, la traque de ces poissons demandent un certains mental.

Chez nous, il est tout à fait possible d’en toucher de temps en temps mais toutes les régions de France ne sont pas logées à la même école. Vouloir miser sur l’unique capture de gros poissons demande du courage et de la patience avec parfois la mise de côté de magnifiques postes peu profonds où des touches plus nombreuses peuvent être déclenchées.

Cela dit, si majoritairement nous pratiquons pleine eau, les bordures ne sont pas non plus à délaisser. Dans des conditions bien spécifiques (époque, conditions météos, etc…) des gros poissons peuvent également s’y poster et un joli herbier peut toujours réserver son lot de surprise.

Il est également bien évident que sur un petit cours d’eau ou un étang, les remarques précédentes ne sont pas vérifiables. Plus le milieu est restreint et moins les chances de rencontrer (en quantité) des gros poissons sont importantes. Ils sont alors numérotés avec des postes connus (bonde, une fosse…).

Pour régulièrement prendre des gros sujets (forcément plus nombreux), il ne faut pas hésiter à s’attaquer à des grandes pièces d’eaux (chez nous les lacs ou grands étangs) et les rivières à grand gabarit (la Mayenne, l’Erdre, la Loire pour ne citer qu'elles).

 

Un gros shad à mi-chemin entre cassure et herbiers.

Un gros shad à mi-chemin entre cassure et herbiers.

Dans nos eaux, les populations ne sont peut-être pas celles du Léman, de l’Irlande ou de la Suède mais nous avons de la « bouffe » en taille et en nombre. Forcément, bien qu’ils soient parfois peu nombreux, nos eaux produisent des gros brochets.

Pour les localiser et les leurrer, il faut forcer la chance…

Tag(s) : #Comportement, #Conseil

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