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Après plus de 20ans à arpenter les bords de l’eau, je dois dire que la nature réserve encore bien des surprises. A l’heure où j’écris, je ne trouve toujours pas les mots pour qualifier les moments que je viens de vivre. Pourtant, j’en ai vu des choses, certaines insolites, d’autres fantastiques mais il y’a parfois des sessions, des journées qui ressortent du lot. Et je ne parle pas de la journée où vous battez un record ou que vous êtes en train d’exploser les compteurs mais je parle de celle qui a une histoire, celle qui par un cumul de facteurs se grave à jamais dans votre mémoire…

En ce dimanche matin, je viens d’accumuler des dizaines de sorties à la recherche des sandres et notamment d’un gros sujet. Une quête marquée par de nombreuses captures de petits et moyens poissons mais non récompensée. Aucune touche ni même de gros loupé et décroché, le désert !! L’hiver 2015/2016 n’est alors pas à inscrire dans les annales. Dans l’ensemble, nous galérons à déclencher des sandres « moyens » avec parfois des journées meilleures que d’autres. Il faut à chaque session se remettre en question sous peine de se ramasser en beauté, c’est la galère !

Alors oui nous pourrions fauter sur le temps instable, non saisonnier et également sur des dizaines d’autres facteurs mais les gros sandres eux sont bien là ! S’il y’a bien une espèce qui représente un potentiel de gros sujet dans nos eaux, il s’agit bien d’elle. Mais force est de constater qu’il s’agit également des poissons que l’on voit le moins, des véritables fantômes qui me hantent et sur lesquels je n’arrive toujours pas à croiser régulièrement la route. S’il m’arrive parfois de viser juste, la plupart du temps se sont eux qui décident de cette rencontre. Des énigmes que je n’ai de cesse d’essayer de comprendre par des relectures de notes, de cartes ... pardon je m’égare, revenons-en au sujet initial.

Ces dernières semaines, les éléments se sont déchaînés avec tantôt de la pluie, tantôt du froid puis du vent… La pêche en float-tube m’a usé et à ne pas vouloir lâcher le morceau, la fatigue a repris le dessus. En ce dimanche matin lorsque le réveil sonne, le sommeil me rappelle à l’ordre. Je suis malade et le confort du lit me force à rester couché. Je décale l’heure une première fois puis hésite même (très sérieusement) à rester au chaud. Avec d’autres impératifs prévus dès 12h30, à quoi sert-il de sortir pour quelques heures alors que sur des sessions entières nous galérons ?? Pour une fois que je peux dormir…

Mais voilà, j’ai un spot en tête, un site qui m’a déjà rapporté très gros il y’a quelques années et qui est justement parfaitement approprié à ce type d’excursion éclair. Je sais également qu’y aller c’est comme jouer au poker. Soit je fais capot, soit je galère pour un petit poisson soit… la magie d’il y’a quelques années - ici même - réopère… Niveaux et conditions semblent appropriés, je me fais donc force et décide de « jouer ».

La délivrance...

Au lever du jour le float-tube est prêt, il est 8h lorsque je m’élance gorge enrouée dans une eau à 6.0°C. Ma pêche consiste à pêcher une fosse et ses abords. Un courant vient directement s’y mourir, le repère idéal pour des sandres en chasse ou en repos. D’autant plus que des centaines de poissons blancs sont en activité et mouchent tout autour de moi. D’abord au leurre souple puis en pêche agressive, je ponce la zone millimètre par millimètre. A 9h40, le constat est sans appel, je suis capot sans avoir daigné déclencher la moindre touche. L’heure tourne et dans ma tête je suis déjà en train de regretter ma présence.

Que fais-tu là Julien ??

N’ai-je pas intérêt à plier et à m’arrêter dans une petite pièce d’eau pour décapoter ???

Les questions fusent et dans un élan d’incompréhension, je viens même à lancer sur une plage rocheuse peu profonde (60 à 80cm) située en extérieur du poste. L’endroit où je n’aurai jamais imaginé trouver les sandres. Mon leurre souple atterrit alors presque immédiatement au fond et perché dans ma bulle, je ne réalise pas encore ce qu’il se passe sous la surface. Au démarrage de mon animation je suis bloqué dans ce qui me semble être une grosse branche et bêtement ; je commence à tirer pour m’en défaire. Sans aucun à coup, elle décolle 10m devant moi et éclate en surface. Je suis alors sous le choc !!! Une grande dorsale apparaît, il s’agit d’un gros sandre que j’estime à 90-95cm. Ni lui ni moi ne comprenons alors la situation mais dans son élément, il replonge d’un coup de queue vers les profondeurs. Commence alors un bras de fer ou faute d’avoir convenablement ferré, je maintiens une forte pression sur le poisson. L’inévitable arrive, après plusieurs allers/retours il se décroche...

Pendant quelques secondes, je reste muet et sous le choc. Je réalise alors que je viens sûrement de perdre l’unique poisson de la journée, celui que j’étais venu chercher et pour lequel j’avais fait tant d’effort. Abasourdi, j’inspecte ma tête plombée et relance exactement au même endroit. La touche est alors immédiate et très franche avec une sanction instantanée. J’enchaîne ainsi deux poissons de 65/70 et 60/65cm en quelques minutes. Si intérieurement je peste d’avoir été dupé par le 1er, je me console par ce doublé puis triplé avec la prise d’un autre sujet de 70cm. Les poissons sont finalement postés sur un dôme rocheux proche de la bordure à la lisière du courant où de nombreux petits poissons blancs marsouinent. Je me fixe alors une distance entre moi et eux pour ne pas les effrayer. Le problème c’est que le fond est ici très rocheux et que je bute régulièrement sur les différents reliefs. Au point de ne pas discerner un nouveau poids mort dans la ligne… Le même scénario se reproduit, un sandre de +80cm a intercepté mon leurre et se décroche à quelques centimètres de l’épuisette.

La délivrance...

Je suis alors au plus mal, 5 touches pour 3 poissons moyens au sec et 2 gros de perdus. De nombreux remords s’emparent de moi mais également de nombreuses questions. Sur l’une d’entre elles, je décide même de changer de canne pour passer sur ma Gloomis M qui a une action beaucoup plus progressive. Les combats avec des gros sandres dans de faibles profondeurs sont souvent violents et puissants. Or sur des touches mal ferrées et des poissons chipoteurs, une canne trop puissante ou trop raide entraîne dans ces circonstances de nombreux décrochés. A vouloir trop brider et garder une forte pression sur les poissons, je suis persuadé que cela a joué en ma défaveur et je veux changer la donne.

Intérieurement vexé, je suis également remotivé avec un moral à toute épreuve. Avec deux gros poissons touchés, je reste convaincu que dans les 45mn de pêche qu’il me reste, je vais recroiser la route d’un gros sandre. Je suis concentré, appliqué et je peux vous assurer qu’au moindre contact le ferrage était la règle !! Automatiquement sur deux belles frappes, un sandre de 70 puis de 50cm viennent me rendre visite. La pêche soporifique de la matinée commence désormais à ressembler à quelque chose mais il me manque le graal…

Sur un énième lancer, je finis par ressentir une lourdeur anodine, la touche caractéristique aujourd’hui des gros. Cette fois-ci le ferrage est bon et je suis rapidement mis au parfum. C’est lourd et ça garde le fond, je tiens un nouveau gros sandre. Concentré sur le moindre détail, j’assure le combat. Celui-là je le veux et je ne le laisserai pas repartir. Tout se passe alors très bien et il finit au fond de l’épuisette.

S’il n’est pas aussi imposant que le 1er, je m’en console. Il s’agit déjà d’un superbe poisson et il signe le 6ème du jour. Dans l’euphorie, je me prends même à rêver : et si il s’agissait d’un pic d’activité ?? Je laisse donc le poisson dans l’épuisette et relance sur la zone, sait-on jamais !! Croyez-moi ou non, je reprends presque aussitôt une très belle touche d’un nouveau gros. Le combat est alors très délicat puisque le poisson me fait visiter le secteur tandis que je suis limité dans mes déplacements par l’épuisette qui me freine. Les manœuvres sont délicates mais le poisson fatigue et je parviens à l’emmailloter. Incroyable, en deux lancers je viens d’exécuter un superbe doublé. Les poissons afficheront 82 et 84cm à la mesure. Grâce à un jeune pêcheur en bordure, je parviens à faire quelques photos individuelles et du doublé.

La délivrance...
La délivrance...
La délivrance...
La délivrance...
La délivrance...

Avec 7 poissons dont deux gros, la matinée est devenue très intéressante et je commence à réaliser que cette sortie est également un cumul de facteurs qui auraient pu inversement empêcher ce résultat. D’une j’ai failli ne pas venir, deuxièmement ; une fois sur l’eau j’étais à deux doigts d’abandonner mais il a fallu d’un lancer anodin pour tout faire basculer. Et encore, que ce serait-il passé si je n’avais pas accroché ce gros sandre. Ce qui - rappelons-le - m’a mis sur la piste et poussé à insister sur la zone… Bref, parfois il ne faut pas essayer de comprendre et simplement en profiter, d’ailleurs je décide même de prolonger 15mn ma session pour quelques derniers lancers.

Sachant où sont les sandres, mes lancers sont précis et je sais qu’à tout moment je peux reprendre une touche. Mon animation est alors méticuleuse et calculée en fonction des obstacles repérés. Et ce qui devait se produire arriva : la sensation d’une nouvelle lourdeur, un ferrage automatique et le début d’une lutte avec un nouveau gros sandre. Si au départ, je m’attends à un poisson du même calibre que les précédents, c’est une fois arrivé en verticale du float-tube que je réalise tenir un géant. Je ne soulève rien et le poisson est collé au fond. Ce n’est pas la même musique.

Un bras de fer s’engage, un combat qui me rappelle celui d‘il y’a quelques années où ici même j’avais extirpé un monstre. Les minutes défilent et je subis, le poisson me promène et me fait même douter sur sa nature. En moi-même, j’ose y croire et reste concentré pour n’exécuter aucune erreur. C’est un sandre, j’en suis persuadé alors assures !

Plusieurs fois le nœud de raccord tresse/fluoro apparaît mais systématiquement le poisson repart sur plusieurs mètres d’un seul élan. Les secondes deviennent interminables et je sais pertinemment que sur un tel poisson, plus la durée du combat s’éternise et plus mes chances s’amenuisent. Je stress et je crains le pire. Il me faudra patienter encore quelques instants pour apercevoir une queue démesurée fouetter la pellicule de l’eau, il est énorme ! Le bras de fer vire en ma faveur et le poisson réapparaît en surface. Je me précipite sur lui et plonge le bras entier dans l’eau pour l’épuiser tête la première. Ainsi, s’il repart il s’enfonce dans le piège tendu et c’est ce qu’il va se produire. Je relève le tout énergiquement dans un immense cri de joie. Il est dedans, il est non seulement long mais également énorme. Un poisson aux dimensions de folie.

La délivrance...
La délivrance...
La délivrance...

Un cadeau de la nature que je manipule avec beaucoup de soins et de respects pour une remise à l’eau le plus rapide possible. La barre mythique est atteinte, je suis aux anges et ce n’est qu’une fois le poisson retourné dans son élément que je réalise ce qu’il vient de se passer.

La délivrance...
La délivrance...
La délivrance...

Quelques photos plus tard, je le regarde disparaître devant moi, je n’ai alors plus l’envie de reprendre les cannes et conclus ma matinée sur ce dernier combat. Une lutte que je ne suis pas prêt d’oublier …

Tag(s) : #Session

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